En plein festival de Cannes, le patron de Canal +, Maxime Saada, a annoncé ne plus vouloir travailler avec les 600 signataires de la tribune anti-Bolloré visant à dénoncer l’emprise du milliardaire d’extrême droite sur le cinéma français. A la suite de ces déclarations, la Ligue des droits de l’homme et la CGT Spectacle ont annoncé engager une action en justice contre Canal+.
Pour mieux comprendre l’initiative de cette tribune, il faut savoir que Vincent Bolloré est le principal actionnaire de Canal+ qui est l’acteur majeur du financement du cinéma français. Pour vous donner un ordre d’idées, en 2025, canal+ finance près d’un film sur deux. Sur 228 films d’initiative française, 121 sont financés par le groupe Canal+.
L’avantage de Canal+ réside aussi dans les fenêtres de diffusions. Il faut attendre seulement 6 mois pour voir un film sur la plateforme de streaming, comparé à 22 mois pour les plateformes gratuites. Un délai qui écrase la concurrence.
Bolloré et son groupe ont donc une très forte emprise sur le cinéma français et ça ne s’arrête pas là, car, Canal+ projette aussi une prise de contrôle totale d’UGC en 2028, le troisième plus grand réseau de salles de cinéma français, en passant par les salles de cinéma mais aussi par la société de production et de distribution. Selon Acid, une association de cinéastes indépendants, il faudrait alors « craindre un déclin de la diversité du cinéma ». L’association ajoute que « tout phénomène de concentration du marché ne peut se faire qu'au détriment des œuvres de la diversité et d'une offre riche, menaçant in fine la capacité même des publics à les découvrir ». Cela signifie qu' un acteur vers lequel des productions peuvent se tourner pour se financer pourrait bien être amené à disparaître et donc certains films risquent d’être moins financés, moins diffusés et moins visibles et au final, le public pourrait même ne plus avoir l’occasion de les découvrir.
Et à cela on peut aussi rajouter l’emprise de Vincent Bolloré dans le milieu de l’édition. Il y a un mois, le milliardaire avait licencié le PDG Olivier Nora de la maison d’édition Grasset sous prétexte de désaccords éditoriaux qui avait ainsi fait réagir 170 écrivains en annonçant leur départ de la maison. Olivier Nora a été par la suite remplacé par Jean-Christophe Thiery, l’un des hommes de confiance de Bolloré.
Le milliardaire possède alors une forte emprise sur le cinéma français et par conséquent, sur l’impact culturel qui s’en émane. De plus que Vincent Bolloré détient des médias et des maisons d’édition. Le fait de vouloir de vouloir mettre à la porte des professionnels du cinéma pour une simple opinion, constitue une atteinte à la liberté d’expression dans un art qui se veut engagé et surtout dans un festival qui prône le développement de l'industrie du film.

