Le Grand Mariage
Le 16 octobre 2008, près de 700 couples se sont unis lors d'une cérémonie collective organisée notamment au monastère de Gandzasar et à la cathédrale Ghazanchetsots, à Chouchi. Les festivités se sont poursuivies à Stepanakert.
L'initiative vient de Levon Hayrapetyan, un homme d'affaires d'origine arménienne qui souhaite encourager les mariages et les naissances dans la région. À l'époque, l'Artsakh cherche à encourager les jeunes générations à rester sur le territoire, dans un contexte de préoccupations démographiques et de volonté de favoriser les naissances.
Les couples bénéficient d'aides financières, auxquelles s'ajoutent des aides supplémentaires en cas de naissance d'un enfant, selon un reportage de l'Institute for War and Peace Reporting (IWPR), publié le 31 octobre 2008.
Au-delà de l'événement festif, ce mariage collectif représente aussi une volonté de construire un avenir commun et de maintenir une communauté sur sa terre.
Parallèle avec une tradition en Corée du Sud
En Corée du Sud, l'Église de l'Unification, fondée par Sun Myung Moon en 1954, est connue pour ses cérémonies collectives de bénédiction nuptiale. La première cérémonie de ce type aurait eu lieu en 1961, à Séoul. En 2016, Reuters rapporte qu'environ 3 000 couples venus de 62 pays ont participé à une cérémonie organisée par le mouvement.
Ces cérémonies possèdent une dimension religieuse et spirituelle importante pour les membres de l'Église. Le parallèle avec le Grand Mariage d'Artsakh reste toutefois limité : en Artsakh, l'initiative répond notamment à des préoccupations sociales et démographiques, tandis que les cérémonies de l'Église de l'Unification s'inscrivent dans une doctrine religieuse particulière.
Gandzasar et Chouchi : des lieux de célébration devenus des lieux de mémoire
Le monastère de Gandzasar et la cathédrale Ghazanchetsots sont des lieux majeurs du patrimoine religieux et culturel arménien. En 2008, ils ont accueilli des couples venus célébrer leur union et affirmer leur avenir en Artsakh.
Après l'offensive de l'Azerbaïdjan en septembre 2023, plus de 100 000 Arméniens ont quitté le territoire pour rejoindre l'Arménie, soit la quasi-totalité de la population. Depuis, l'Artsakh est sous le contrôle de l'Azerbaïdjan, et la préservation du patrimoine arménien suscite de fortes inquiétudes.
L'église Kanach Zham située à Chouchi, a été détruite entre décembre 2023 et avril 2024, selon les observations satellitaires de Caucasus Heritage Watch, un programme de recherche mené par des archéologues de Cornell University et de Purdue University. Construite en 1847, elle avait déjà été endommagée pendant la guerre de 2020.
Le sort de la cathédrale Ghazanchetsots est différent, mais suscite également des inquiétudes. Elle a été bombardée en octobre 2020, puis a fait l'objet de travaux de restauration controversés. Dans une alerte publiée le 20 août 2026, Caucasus Heritage Watch signale de nouvelles constructions à proximité du site historique entre avril et juillet 2026, ainsi que le retrait du toit conique du dôme central, une modification qui affecte son authenticité architecturale.
Ces exemples ne signifient pas que tous les monuments arméniens connaissent le même sort, mais ils illustrent les risques documentés auxquels une partie de ce patrimoine est confrontée. En décembre 2021, la Cour internationale de justice avait ordonné à l'Azerbaïdjan de prendre des mesures pour prévenir et punir les actes de vandalisme et de profanation visant le patrimoine culturel arménien.
Une mémoire à préserver
Le 16 octobre 2008, des centaines de couples célébraient leur union en Artsakh et imaginaient leur avenir sur cette terre. Dix-huit ans plus tard, les lieux de ces célébrations portent une autre signification : certains monuments ont été détruits, d'autres ont été modifiés, tandis que la population arménienne a été contrainte de quitter le territoire.
Préserver la mémoire du Grand Mariage, ce n'est pas seulement se souvenir d'une journée exceptionnelle. C'est aussi garder la trace d'une société qui y construisait son avenir, à travers ses familles, ses traditions et ses lieux de rassemblement.
Lorsque les communautés sont déplacées et que certains de leurs monuments disparaissent, une question demeure : comment préserver l'histoire d'un peuple lorsque les lieux qui en témoignent ne peuvent plus être vécus par ceux qui les ont fait vivre ?

