Une activité tendancieuse, qui ne fait que grimper. Elle s’explique par sa pratique peu coûteuse et par sa simplicité. Certains s’y mettent pour des objectifs plus personnels : lutter contre la sédentarité ou bien encore se surpasser et relever ses propres défis.

La course à pied a su conquérir son public notamment sur les réseaux sociaux avec des vidéos challenges et aventures prônant des valeurs de surpassement de soi, devenues très tendances et omniprésentes chez les créateurs de contenus. Des vidéos qui promeuvent le bien-être, motivant ainsi les plus sédentaires à reprendre une activité sportive et à s’initier à la course à pied.

On pourrait alors en rester là, les réseaux sociaux ont montré leur bienfait, motivant les utilisateurs à se passionner pour le running. Pour autant, la course à pied a pris une telle ampleur médiatique, qu’elle questionne sur sa pratique mais aussi sur ses extrêmes, l’ultra-trail.

 

        L’essor de l’ultra-trail


L’ultra-trail est une course à très longue distance dans un milieu naturel, un sport extrême qui demande aux athlètes de dépasser les lois du kilométrage.

Ce sport est devenu un incontournable dans la presse, mais surtout sur les réseaux sociaux récemment. Un phénomène qui s’est multiplié ces dernières années et qui a vu son nombre d’adhérents exploser en accueillant de plus en plus de nouveaux adeptes, qui autrefois, restait réservé seulement à une élite sportive.

L’une de ces courses les plus réputées en France et dans le monde, l’UTMB en est un parfait exemple.

Terminé en août dernier, l’événement a rencontré un immense succès, mais à quel prix ?

À sa création en 2003, l’UTMB comptait qu’une course de 170 km avec à son départ 300 participants.

Aujourd’hui, l’UTMB n’est pas qu’une course autour du Mont Blanc, elle s’est développée en 8 formats de 15 à 300 km avec pour la plus mythique, l’UTMB, un parcours de 173 km et 10 000 km de dénivelé à réaliser seul rassemblant cette année environ 10 000 concurrents durant une semaine du 24 au 30 août.

 

Durant cette dernière décennie, les organisateurs ont eu l’envie de développer la pratique de l’ultra-trail en la démocratisant, pour faire de cet événement, un incontournable dans l’agenda sportif. Ils se sont dès lors, tournés vers les influenceurs sportifs pour gagner en visibilité.

L’intervention des créateurs de contenus a eu un impact visible sur ce sport et sa pratique qui autrefois était marginale. Entre belles images, partages de valeurs et de dépassement de soi, le monde de l’influence s’est alors accaparé le monde du running ramenant avec eux leur lot de bienfaits mais également d’inconvénients.

Un choix assumé par l’organisation mais qui ne plaît pas à tous…

 

         Un événement de plus en plus contesté

 

En août dernier, près de 100 000 spectateurs étaient présents à Chamonix, tout au long de la semaine. Au sein de la communauté sportive, une question divise, notamment sur l’envergure que prend l’événement et son impact écologique notamment sur la montagne. Une pratique qui se veut nature et non polluante, fait affluer des milliers de personnes (participants, supporters, fans, marques et entreprises), accumulant moyens de locomotion, logements et déchets concentrés dans un même lieu : la montagne, qui, on le sait aujourd’hui ne demande qu’à être préservée.

Au-delà, l’ultra-trail est un sport qui couvre l’ensemble du globe, les courses reconnues sont peu nombreuses et nécessitent une certaine logistique ainsi que de nombreux déplacements en avion. Certains coureurs interrogés sont conscients de l’empreinte carbone que demande leur sport. Des déplacements qui se doivent d’être réfléchis, préparés et limités selon Mathieu Blanchard, ultra-traileur professionnel français, gagnant de la Diagonale des Fous 2024 et de la Yukon Arctic Ultra en 2025.

 

De plus, ces dernières années, le mécontentement des riverains ne cesse d’accroître. Ils se plaignent de l’ampleur que prend la course, s’indignant du manque de civisme des touristes. Interrogés, les riverains s’indignent et montrent un ras-le-bol général : « Chamonix, c'est devenu Disneyland », le site se retrouve confronté au risque de surtourisme. Et certains à juste titre, alerte les autorités sur la difficulté de garantir des places et des logements pour tous dans une vallée qui se veut familiale et petite dans sa superficie. Chamonix, en effet, concentre 9 000 habitants à l’année et doit se confronter à une multiplication par 10 d’affluence au moment de l’événement.

 

Limites et performances du corps humain

 

La beauté de l’ultra-trail est centrée sur une performance extraordinaire, tenter de parcourir au minimum 80 km à pied. Ces longues distances poussent les coureurs à surpasser les limites de leur corps. Des prouesses qui doivent être honorées. Cependant, la professionnalisation de la discipline pousse parfois à l’extrême les corps et les performances des athlètes, avec des coureurs qui cherchent de plus en plus à marquer l’histoire de leur sport, battant ainsi chaque année des records.

 

Cette année, Ben Diham, vainqueur de ce dernier UTMB a couru le parcours en 18h16 min repoussant une nouvelle fois le record de la course sous la barre des 19h. Ces performances extraordinaires inquiètent et interrogent le public, certains ultra-traileurs n’oublient pas de sensibiliser chacun sur l’efficacité d’une bonne récupération et la nécessité de comprendre et entendre son corps comme le pense, Matthieu Blanchard, interrogé sur la performance et de ses limites. Il explique la nécessité de récupérer après chaque course, précisant que leur seul outil de travail en tant qu’athlète est leur corps et qu’il est important d’en prendre soin.

 

En conclusion :

L’engouement autour de la course à pied et plus particulièrement de l’ultra-trail a permis de développer et médiatiser ce sport depuis ces dernières années. Il a permis malgré ces excès de devenir l’un des sports les plus pratiqués et de plus en plus médiatisé ce qui a donné envie à plusieurs milliers de personnes de chausser leurs baskets pour devenir des coureurs du dimanche. Dorénavant, il s’agit plus d’éduquer les participants à de meilleures pratiques, notamment sur le biais environnemental, respectant la nature et ainsi leur propre sport.

Les organisateurs de grandes courses comme l’UTMB veulent se montrer préoccupés et surtout rassurants sur l’évolution de l’événement, notamment sur l’encadrement des festivités afin que les riverains puissent se sentir chez eux et que les athlètes puissent profiter de la nature leur permettant de pratiquer leur sport de façon pérenne.