Pour de nombreux étudiants, gérer un budget mensuel relève de calculs, de sacrifices, et d’un véritable exercice d’équilibre. Les dépenses des étudiant(e)s ne cessent de croître et ont augmenté de 1,66 % sur un an d'après le syndicat étudiant. Entre le logement, l’alimentation, les transports, les dépenses liées aux études, il est naturel que les loisirs et les activités culturelles passent régulièrement au second plan. Pourtant, aller au cinéma, assister à un concert, acheter un livre ou visiter une exposition reste une pratique importante pour beaucoup de jeunes. Alors, quelle place la culture occupe-t-elle réellement dans le budget étudiant ?


De nombreux étudiants expliquent devoir faire des choix. En effet, depuis 2017, le coût de la vie étudiante a augmenté de 36 %. Pour le syndicat étudiant, les étudiants étrangers extra-communautaires ainsi que les étudiants des Outre-mer sont particulièrement touchés par la précarité. La hausse du loyer reste le premier poste de dépense, il faut ajouter à cela l’augmentation du prix des transports, l'UNEF souligne aussi l'augmentation des prix des produits alimentaires qui s’établit à 0,87 %. Ainsi, une place de cinéma ou encore une place de concert représente parfois un ou plusieurs repas, ou une partie d’un abonnement de transport. Pour ceux qui vivent seuls et doivent gérer l’ensemble de leurs charges, le budget consacré à la culture se voit très réduit, voire quasi inexistant. Pas par manque d’envie, mais bien par manque de moyens. 


Cependant, de nombreux auteurs comme Gaël Brulé dans son essai Petites mythologies du bonheur français (2020) démontrent l'influence de la culture sur le bonheur. Et considérer la culture comme une simple dépense de loisir serait réducteur. Elle participe aussi au bien-être, à l’ouverture d’esprit et à la création de liens sociaux. Pour beaucoup d'étudiants, ces moments permettent de sortir du quotidien universitaire, de découvrir de nouvelles idées et surtout de rencontrer d’autres personnes.

Les difficultés financières n’empêchent pas les étudiants de renoncer complètement aux pratiques culturelles. La culture prend simplement de nouvelles formes et s’adapte aux moyens disponibles. Certains privilégient les événements gratuits, les bibliothèques, les festivals accessibles ou les tarifs réduits proposés aux jeunes.


Mais ce n’est pas tout. En effet, les pratiques numériques occupent également une place importante. Les plateformes de streaming, les podcasts ou les contenus culturels en ligne permettent d’accéder à de nombreuses œuvres à moindre coût. Ces nouvelles habitudes montrent que les étudiants continuent de chercher divers moyens de se cultiver, même lorsque leur budget est très limité. 

Au-delà du simple divertissement, la culture joue un rôle dans la construction personnelle. Lire, écouter de la musique, voir un film ou encore assister à une représentation artistique permettent de développer la curiosité et surtout de mieux comprendre le monde qui nous entoure.


C’est donc face aux difficultés d’accès à la culture que plusieurs initiatives existent pour aider les jeunes. Les établissements universitaires proposent régulièrement des événements gratuits ou à prix réduit. Les associations étudiantes organisent également des sorties culturelles accessibles, permettant aux étudiants de participer sans dépenser de grosses sommes. 


Des dispositifs publics cherchent aussi à faciliter l’accès des jeunes aux œuvres culturelles, comme le Pass Culture, qui permet aux personnes éligibles de bénéficier d’un crédit pour des activités culturelles et bien d’autres.  


De manière générale, les musées, cinémas, théâtres et les salles de spectacle proposent par ailleurs souvent des tarifs étudiants. Ces réductions jouent un rôle important, car elles permettent à certains jeunes de maintenir une activité culturelle malgré un budget serré. 


Si de nombreuses solutions existent, tous les étudiants ne bénéficient pas des mêmes possibilités. Les différences de ressources familiales, de lieu de résidence ou d’accès aux infrastructures culturelles peuvent créer des inégalités. Un étudiant vivant dans une grande ville aura généralement davantage d’occasions de profiter d’événements culturels qu’un étudiant habitant dans une zone moins desservie.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien les étudiants dépensent pour la culture, mais aussi de comprendre quelles conditions leur permettent d’y accéder. Alors que 19 % des jeunes ont des difficultés pour subvenir à leurs besoins quotidiens, la culture reste un élément essentiel de la vie étudiante, mais son accessibilité dépend encore largement des moyens financiers et du territoire. 


Même si la culture n’occupe pas toujours une grande part du budget étudiant, elle conserve une place importante dans le quotidien des jeunes. Face aux contraintes économiques, les étudiants développent de nouvelles façons d’accéder aux œuvres et aux événements culturels. Entre nécessité financière et besoin d’évasion, la culture apparaît finalement comme une dépense particulière ; pas toujours prioritaire dans le budget, certes, mais essentielle dans la construction personnelle et sociale des étudiants.