Il m’arrive souvent d’écouter les personnes qui m’entourent parler de leurs vies au travail. Ils ont tous des professions différentes, des âges différents et des responsabilités différentes. Cependant, il existe un facteur commun dans ces conversations qui revient à chaque fois. Il s’agit d’une situation, d’un élément dans leur environnement de travail qui attire mon attention et me pousse à la réflexion suivante : « Ça ne doit pas être normal. » 


Je me souviens très bien de la première fois que je me suis fait cette réflexion. J’avais découvert qu’une de mes connaissances, préparatrice en pharmacie, n’avait pas le droit de s’asseoir sur son temps de travail. En effet, ni elle ni les autres employés n’avaient de chaises à leur disposition. Ces dernières ont toutes été retirées par l’employeur, car elles étaient perçues comme des objets de « pause » et non de « productivité ». 


C’est bien à partir de ce moment pivot que j’ai réalisé la chose suivante : la plus grande source de mal-être au travail réside dans une méconnaissance mutualisée entre employeurs et employés de leurs obligations respectives. Quelles sont les obligations de l’employeur pour assurer le respect du bien-être de ses employés ? Et quels sont les droits essentiels que les employés doivent connaître ? 


Le mal-être au travail : de quoi parlons-nous ?


   APICIL Entreprise définit le mal-être au travail par une souffrance mentale liée à l’activité professionnelle et à son environnement. Elle se manifeste souvent par de la tristesse, de l’anxiété, une grande fatigue ou une baisse de motivation persistante. L’aspect psychologique de cette définition est entièrement juste, mais il est possible d’y apporter un aspect physique. 


En effet, se sentir mal au travail peut également se manifester par une surcharge de travail, un environnement qui n’est pas adapté, ou des blessures de fatigue. Les jeunes actifs sont d’ailleurs les premiers touchés par ce fléau, avec 70% des 20-21 ans qualifiant le monde du travail comme étant plus « stressant qu’épanouissant. » 


Vous serez probablement étonnés du nombre de jeunes actifs qui ne sont pas au courant de leurs droits et des protections dont ils disposent grâce au Code du travail. À titre d’exemple, c’est parfois avec une grande surprise qu’ils apprennent que lors de fortes chaleurs, l’employeur doit adapter l’organisation du travail afin d’éviter d’impacter la santé des employés.


Cet exemple est, bien évidemment, méticuleusement choisi, en raison des fortes chaleurs qui frappent notre pays depuis le début de l’été. Fin mai 2026, un jeune couvreur âgé de 19 ans, est décédé d’une hyperthermie dans la Drôme après avoir travaillé sur un toit pendant trop longtemps. Les conditions de travail ne sont donc pas à prendre à la légère et peuvent avoir des conséquences irréversibles. 


Lorsque l’on vient tout juste d’arriver dans le monde professionnel, il est encore plus dur de savoir ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. On se repose souvent sur les connaissances de l’employeur, qui possède parfois une vision erronée des droits au travail. Plus de 50 % des actifs estiment être mal informés des textes de loi qui régissent leur environnement professionnel. C’est bien pour améliorer cette réalité qu’il peut être intéressant d’établir un guide. Un guide des droits essentiels, très souvent négligés, qui garantissent pour l’employeur et l’employé, un meilleur environnement de travail. 


Un guide non exhaustif mais accessible en 8 points 


Avoir un siège à disposition

   Comme nous avons pu le mentionner ci-dessus, il est surprenant de découvrir le nombre de salariés qui ne savent pas qu’ils doivent à tout prix disposer d’un siège au travail. Ce droit est protégé par l’article R4225-5 du Code du travail, et reste aujourd’hui le plus négligé de tous. Qu’ils soient attribués à l’employé ou à proximité du poste de travail, chaque salarié doit disposer d’un siège adapté. Ils permettent notamment d’éviter la fatigue, les usures professionnelles ainsi que le découragement.


Disposer du bon matériel 

Celui-ci peut sembler évident, mais se révèle être un problème régulièrement rencontré par les jeunes actifs. L’employeur doit fournir les équipements de travail nécessaires, notamment les EPI (équipements de protection individuelle). Ce droit est protégé par les articles R4321-1 et suivants du Code du travail. J’ai déjà été stupéfaite d’apprendre qu’une connaissance, occupant un poste dans le domaine de la construction, ne disposait pas de lunettes de protection malgré les risques de projections de métal dans les yeux pouvant entraîner la perte de la vue. 


L’obligation de sécurité de l’employeur

   Incontournable dans le domaine du droit social, l’obligation de sécurité de l’employeur est explicitée à l’article L4121-1 du Code du travail. C’est une conception large qui englobe non seulement la sécurité psychologique et physique du salarié, mais aussi sa sécurité contractuelle. Cependant, elle peut également être mise en cause lors d’une situation impliquant du harcèlement moral, physique, sexuel ou de la discrimination. Il incombe à votre employeur de vous protéger afin de faire cesser ces agissements ! 


La protection de la vie privée

   La vie privée est un vaste sujet et participe en grande partie au bien-être des salariés. L’aspect le plus important sur lequel les actifs ne sont pas toujours bien informés, est celui qui concerne le licenciement. Votre employeur ne pourra jamais vous licencier en raison de motifs relevant de votre vie personnelle. Vos activités extérieures, tant qu’elles ne nuisent pas à l'entreprise, ne peuvent jamais constituer un motif de licenciement. À titre d’exemple, j’ai régulièrement entendu parler de licenciement pour motif d’une utilisation trop abondante des réseaux sociaux…or ce n’est pas un motif valable ! 


Le salaire correct

   Celui-ci semble encore plus évident que l’utilisation d’un matériel adéquat et pourtant j’ai été témoin de moments délicats où un jeune actif réalise qu’il est en réalité sous-payé par son employeur. Il n’est donc pas de refus de rappeler que le SMIC en France s’établit à 1477,93 euros net par mois. Hormis les exceptions prévues par la loi, vous ne pouvez pas percevoir un salaire inférieur à cette somme. Il est toujours important de s’intéresser à sa situation financière et d’interroger le salaire que vous percevez. 


Le droit d’alerte et de retrait

   Fondamental et pourtant très souvent oublié, le droit de retrait est protégé par l’article L4131-1 du Code du travail. Il garantit le droit de refuser d’exécuter une tâche qui représente un danger grave et imminent pour votre vie ou votre santé. Il regroupe les situations où vous risquez d’être agressé, ou celles où vous considérez que le matériel n’est pas adapté ou défectueux. Pouvoir quitter son poste lorsque l’on est en danger est normal et ne peut pas être sanctionné. Peu d’actifs savent qu’ils disposent de ce droit.


Le temps de pause

   Un temps de pause bien respecté permet à l’employé d’aborder sa journée de travail avec sérénité. Le droit à une pause n’est jamais oublié, mais régulièrement négligé. Il existe des normes légales qui régissent ce moment de coupure. En effet, le Code du travail prévoit un temps de pause de 20 minutes sans interruption lorsque le temps de travail quotidien atteint 6 heures consécutives. Le temps de pause est un droit qui semble si évident et pourtant les abus sont courants…


En cas de forte chaleur

   Enfin, il est impossible de parler du droit au travail sans mentionner les fortes chaleurs. Durant cette situation interminable de canicule, il est important de connaître les limites de ce qui peut vous être demandé. Compris dans l’obligation de sécurité, l’employeur doit impérativement fournir de l’eau fraîche, aménager les horaires et l’organisation du travail, ainsi qu’assurer le rafraîchissement des locaux. Vous pouvez également exercer votre droit de retrait si les chaleurs présentent un danger imminent. En moins de 15 jours, j’ai été témoin de pas moins de 2 malaises subis par des agents d’entretien au sein d’une école maternelle, la température des locaux atteignant les 33 degrés. 


Le bien-être au travail, une obligation qui n’est pas en option


   Il est évident que dans ce guide de poche en seulement 8 points, tous les droits servant à protéger le bien-être au travail n’y figurent pas. Cependant, ces 8 points ont été choisis sur la base d'événements dont j’ai été témoin en personne ou à travers des litiges présentés au Conseil de Prud’hommes. On parle donc bien de situations récurrentes qui nécessitaient la création d’un petit guide comme celui-ci.

Il s’adresse à tous les actifs, notamment les jeunes actifs, qui entrent parfois dans le monde du travail sans savoir comment protéger leur santé mentale et physique. Il ne faut pas oublier qu’en moyenne, un individu travaille plus de 40 ans avant de partir à la retraite. On ne peut pas prendre à la légère les conditions de travail, elles font partie intégrante de notre vie à tous !


La connaissance des droits essentiels est un remède efficace permettant aux employés de travailler avec sérénité, et aux employeurs de protéger cette sérénité.