25-26 avril 1986 : genèse des faits
Dans la journée du 25 avril 1986, rien ne se passe comme prévu. Les opérateurs doivent effectuer divers tests de sécurité. Or, une centrale du réseau tombe en panne ; les autorités demandent alors le maintien à pleine puissance du réacteur n°4 afin de continuer à fournir de l’électricité.
Les tests de sécurité sont finalement confiés à l’équipe de nuit dirigée par Anatoli Diatlov, ingénieur en chef adjoint. À 23 h 10, Diatlov donne l’ordre de réduire la puissance du réacteur. L’opérateur chargé de la manœuvre commet alors une erreur de régulation… Au lieu des 700 MW recommandés, la puissance chute à 30 MW, soit environ 1 % de la capacité normale du réacteur n°4, qui menace alors de s’éteindre.
Il aurait fallu stopper toute activité sur le réacteur, mais les opérateurs pensent autrement : il faut à tout prix effectuer les tests. On décide alors de remonter les barres de contrôle qui captent les neutrons produits par la fission de l’uranium. Le réacteur ayant du mal à redémarrer, et sous l’injonction de Diatlov, les opérateurs ne laissent que huit barres engagées alors qu’il en faudrait trente minimum.
À ce moment, Diatlov décide de désactiver les systèmes d’arrêt d’urgence et de refroidissement, ce qui provoque la surchauffe du réacteur ; la pression augmente alors rapidement. C’est finalement au moment où la décision d’arrêter la manœuvre est prise qu’il est déjà trop tard.
À 1 h 23 min et 44 secondes, la pression est telle qu’elle fait exploser les tuyauteries. L’explosion soulève la dalle de béton du réacteur : près de 2 000 tonnes sont projetées dans les airs. Quelques secondes plus tard, une deuxième explosion, due à l’hydrogène libéré par la chaleur, détruit le toit du bâtiment. Ce sera le début d’un incendie qui durera dix jours.
Rapidement, un épais nuage chargé de particules radioactives se forme dans le ciel de la centrale. Un goût métallique et sucré — signe de l’exposition à la radioactivité — se fait ressentir dans la bouche des pompiers qui tentent de vaincre les flammes.
Premières conséquences : de l’URSS à la Suède
À cette époque, l’Ukraine faisait encore partie de l’Union soviétique et tout devait remonter jusqu’au Kremlin. Or, les équipes de Tchernobyl ont mis du temps à prévenir Moscou. Lorsque Mikhaïl Gorbatchev, secrétaire général de l’Union soviétique, est informé, la situation est déjà grave. Des milliers de personnes ont été intoxiquées, des employés de la centrale aux habitants vivant à moins de trois kilomètres de Tchernobyl. L’évacuation totale des lieux et des alentours n’a lieu que trente-six heures plus tard.
Le 28 avril, à Forsmark, une centrale située dans le nord-est de la Suède, des techniciens détectent une anomalie grâce à un détecteur de rayonnements. L’alerte est lancée et toute l’Europe est informée. Un imposant nuage radioactif traverse alors le continent : près de 40 % de l’Europe auraient été touchés. Des traces radioactives seront même détectées jusqu’en Tunisie et au Canada.
Le 30 avril 1986, Météo-France annonce la nouvelle aux Français. Scotchés à leurs téléviseurs, l’inquiétude demeure. Pourtant, les météorologues se veulent rassurants : selon eux, le nuage radioactif se serait arrêté aux frontières françaises. Il s’avère pourtant que cette affirmation était fausse, puisque la Corse ainsi qu’une partie du sud-est de l’Hexagone ont bien été touchées.
L’impact humain : plusieurs chiffres, mais un constat catastrophique pour l’Europe
Sur les 134 personnes présentes sur le site de Tchernobyl, 28 sont mortes dans les jours ou les semaines qui ont suivi. Anatoli Diatlov, ingénieur en chef adjoint, meurt des suites d’un cancer de la moelle osseuse en avril 1995, conséquence de son exposition aux radiations.
On note également une forte augmentation des cancers de la thyroïde dans les zones contaminées: Ukraine, Biélorussie et Russie.
L’OMS dénombre environ 4 000 morts, tandis que Greenpeace avance des estimations allant de 10 000 à 100 000 morts. Le bilan humain demeure donc catastrophique.
Selon certains scientifiques, il faudrait au moins 24 000 ans pour que le taux de radiation diminue de moitié… La tragédie du réacteur n°4 n’est donc pas près d’être oubliée.
Tchernobyl de nos jours : sanctuaire d’une biodiversité rare
Depuis 2010, Tchernobyl est ouvert au public. L’ancienne centrale est devenue, en raison de son abandon et de l’absence de présence humaine, une vaste zone forestière abritant de nombreuses espèces animales : ours, loups, oiseaux, coyotes ou encore grenouilles noires.
Malgré cette riche biodiversité, les espèces présentes dans la zone auraient toutefois une espérance de vie plus courte en raison de l’exposition aux radiations.

