En 1532, deux ans après la mort de Marguerite d’Autriche, la construction du monastère royal de Brou s’achève. Cette dernière avait entrepris ce chantier après la mort de son époux, Philibert le Beau, afin d’y faire ériger un monument pour accueillir leur tombeau. Souvent considéré comme une preuve d’amour inconsidérable, cette construction révèle peut-être aussi l’affirmation du pouvoir conséquent d’une membre des Habsbourg, famille dominante de l’Europe du XVIe siècle.
Marguerite d’Autriche est la fille de Maximilien Ier de Habsbourg et de Marie de Bourgogne. Elle lie donc deux familles importantes de ce milieu de l’époque moderne. Suite à ses mariages infructueux avec Charles VIII à la cour de France et Jean II d’Aragon à la cour d’Espagne, son père décide de la marier à Philibert de Savoie dit « Philibert le Beau ». Après la mort de celui-ci, elle refuse de se remarier une quatrième fois et devient régente des Provinces-Unies, région dépendante de l’empire de Maximilien de Habsbourg. Elle décide alors, depuis Bruxelles, de la construction du monastère de Brou abritant sa sépulture ainsi que celle de son défunt mari pour qu’ils soient réunis dans leur mort. Cependant, la construction du monastère de Brou est aussi une manière de marquer le territoire et de dévoiler le prestige de cette puissante femme.
En 1501, Marguerite d’Autriche et Philibert le Beau se marient. Ayant côtoyé la cour de France au même moment dans leur jeunesse, ils ne tardent pas à tomber amoureux. Ils vécurent trois années d’intense bonheur, mais lors d’une partie de chasse pendant une chaude journée d’été, Philibert bu de l’eau glacé, tomba malade et mourût quelques jours plus tard. Marguerite est donc une nouvelle fois veuve. Elle qui a déjà perdu sa mère, son second mari et sa fille, perd son être le plus cher. Pour préserver sa mémoire, elle décide alors de l’édification du monastère de Brou comportant trois cloîtres, ses appartements (qu’elle n’habitera jamais) et une église, dans laquelle son tombeau et celui de son mari furent construits à l’aide d’artisans italiens et flamands. À première vue, la construction de Brou ressemble fort à une déclaration d’amour éternel.
Le monument ne parle cependant pas seulement de son amour pour Philibert, mais aussi de son rang de régente des futurs Pays-Bas. La façade du Monastère Royal de Brou contraste en effet avec l’intérieur de l'église plutôt sobre excepté le chœur et les tombeaux. Ceux-ci présentent une richesse architecturale certaine grâce au travail minutieux des artistes flamands et des formes rondes et voluptueuses des Italiens. Ce travail artistique ambitieux est possible grâce à la cour présentant de nombreux artistes que Marguerite d’Autriche a su réunir autour d’elle, elle-même étant mécène des arts. Les commandes témoignent ainsi de sa prééminence politique mais aussi culturelle. La voie romaine se déployant non loin du lieu du monastère permet également d’indiquer à tous la grandeur et la résilience de cette femme comme en témoigne sa devise : « Fortune, infortune, fort une ».
Démonstration d’amour et démonstration de puissance sont-elles vraiment opposées ? Au XVes et XVIes siècles, l’art a souvent une fonction mémorielle, il sert à laisser une trace et dans ce cadre, une trace du prestige de Marguerite, mais aussi de son amour pour Philibert. Le monument est ici à la fois intime et à la fois politique, il permet de faire coexister les diverses motivations de Marguerite d’Autriche dans un seul et même lieu. Même si la construction est décidée par l’amour porté à son défunt mari, le Monastère de Brou fait également éclater le rayonnement artistique et politique de cette femme à l’échelle régionale mais aussi internationale.
En bref, le monastère royal de Brou est un mausolée d’amour gravant à tout jamais dans la pierre, l’histoire de Philibert et Marguerite. Pour elle, cette construction sert à la consacrer comme femme puissante ayant su se démarquer dans un monde où les hommes laissaient peu de place aux femmes dans les affaires politiques de l’Europe du XVIe siècle.

