Ce vendredi 20 mars 2026 marquera la dixième édition de la journée nationale des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, créée par le collectif indépendant des ATSEM de France. Tout comme moi, vous avez sûrement remarqué que nos calendriers sont fourmillants de journées nationales, toutes aussi importantes les unes que les autres. Mais bien souvent, emportés par le rythme effréné de nos journées, il est impossible de prendre le temps de se renseigner ou de comprendre les origines de ces dates particulières.
Pourtant, la mise en valeur de certains groupes peut parfois renfermer une mine d’or : des combats invisibilisés dont on n’aurait jamais soupçonné l’existence et auxquels on ne se serait jamais sensibilisé. C’est le cas pour la profession d’ATSEM. Qui sont les ATSEM ? Si vous faites appel à votre mémoire, vous arriverez probablement à vous rappeler de l’époque où vous étiez en maternelle, cette période floue de la petite à la grande section. Des souvenirs vous reviennent ? Tant mieux. Si c’est le cas, vous vous souviendrez sûrement que votre maîtresse travaillait en binôme avec une femme qui portait une blouse bleue.
Oui, c’est bien de ces superhéroïnes avec leur fameuse cape bleue dont nous devons parler aujourd’hui. Une ATSEM, c’est avant tout l’aide principale au personnel enseignant. Elles aident à la création de travaux d’éveil, à la préparation des activités de la journée, en somme elles aident à la vie logistique scolaire, ce qui constitue le cœur même du fonctionnement de la classe. Mais c’est surtout auprès des enfants qu’elles sont une aide fondamentale. En effet, l’ATSEM possède d’innombrables missions : l’accueil des enfants à la garderie du matin dès 8 heures, l’accompagnement personnel et la surveillance des élèves, la sécurité de la classe, l’hygiène des enfants ainsi que celle des locaux utilisés, l’éducation émotionnelle et intellectuelle des élèves, la distribution des repas à la cantine et l’encadrement de la sieste, jusqu’à la gestion de la garderie du soir à 17 heures. C’est donc un sport interminable dont elles ne voient parfois jamais la fin.
Les ATSEM passent au total environ dix heures par jour à courir partout pour assurer le bon fonctionnement de la classe et le bien-être des enfants dont elles s’occupent. On pourrait penser au premier abord, que s’occuper des enfants est simple, mais il faut avouer que l’on déchante quand il faut moucher plus de trente nez pendant les épidémies de rhumes, et que les chaises sur lesquelles on vous fait asseoir sont proportionnelles aux dimensions d’un enfant de trois ans !
Pourtant, les ATSEM adorent leur métier plus que tout et elles ne s’en cachent pas. Malgré les troubles musculosquelettiques omniprésents, la fatigue, et le sentiment de se noyer sous les tâches, elles gardent le sourire et ne manquent jamais une occasion de parler des enfants. C’est bien pour cela qu’aujourd’hui elles souffrent, et elles se battent pour être revalorisées. Mais quel est ce combat pour lequel les ATSEM se battent ? Les fonctionnaires sont divisés en trois échelons : A, B, et C. Pour faire simple, ces catégories sont liées à un rapport hiérarchique qui se divise en différentes fonctions. La catégorie A occupe des fonctions de conception, de direction et d’encadrement. La catégorie B occupe des fonctions d’application, de rédaction et d’encadrement restreint. Et enfin, la catégorie C qui occupe des fonctions d’exécution.
Comme le laissent sous-entendre ces définitions, la catégorie C est celle des « petites mains » de la fonction publique. Celles qui ne possèdent malheureusement pas de capacité de direction. Par ailleurs, vous l’avez probablement deviné, l’échelon C héberge la profession d’ATSEM. En effet, il est évident que chaque catégorie est indispensable pour faire fonctionner les rouages d’une collectivité.
Cependant, chacune d’entre elles va de pair avec un certain nombre d’avantages. Comme nous le dit Sandrine, 47 ans, ATSEM référente depuis 30 ans : « Malgré ce combat qui peut sembler uniquement pécuniaire pour certains, il n’en est pas moins une simple demande de reconnaissance car c’est un métier que l’on exerce avec cœur et passion. » Par leur demande de revalorisation en catégorie B, les ATSEM souhaitent rompre avec une tradition qui se borne à les cantonner à un rôle exécutif. Aujourd’hui les missions des ATSEM se sont diversifiées à un point où il est impossible de les considérer comme un simple métier qui se contente « d’exécuter les règles de leurs supérieurs hiérarchiques ». Comment laisser en bas de l’échelle des agents sans qui les écoles ne peuvent pas fonctionner ?
La réponse est simple, on ne peut pas faire cela. La revalorisation est possible. Les accords Ségur de la santé, conclus le 13 juillet 2020 dans le contexte de la crise sanitaire du Covid-19, ont permis la revalorisation en catégorie B des auxiliaires de puériculture territoriaux ainsi que des aides-soignants. Cette prime, grandement méritée pour la fonction hospitalière, représente une lueur d’espoir pour les ATSEM qui possèdent un niveau d’études similaire à ces deux professions. Pourquoi pas nous ? C’est la question qui ne cesse de briller dans leurs yeux depuis le début de ce combat. Après tout, pourquoi pas elles ?
Comme mentionné précédemment, les ATSEM sont confrontées depuis plusieurs années à de nouvelles missions qui rendent leur métier un peu plus complexe chaque jour. Ces mutations de leur profession constituent la source même de leur combat. Selon un rapport annuel de Force Ouvrière, lors de la rentrée 2025, près de 50 000 enfants se sont retrouvés sans accompagnant d’élèves en situation de handicap (AESH). Ce chiffre a connu une croissance démesurée depuis plusieurs années, et la conséquence est immédiate : les enfants porteurs de handicap sont pris en charge par les ATSEM. Trouble du spectre de l’autisme, trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), handicap moteur, handicap mental…Bref, les ATSEM doivent porter une toute nouvelle casquette qui ne rentre pas dans le cadre de leur métier : prendre soin des enfants avec des besoins spécifiques.
On compte en moyenne au moins 3 enfants porteurs de handicap par classe, généralement non diagnostiqués par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Ainsi, les ATSEM sont régulièrement celles qui doivent pousser les parents à faire diagnostiquer leurs enfants. Toutefois, même en possession d’un diagnostic, l’enfant a 9 chances sur 10 de ne pas pouvoir bénéficier de l’aide d’une AESH. Les ATSEM doivent apprendre à travailler avec ces enfants dans la bienveillance et le respect. Elles apprennent à gérer les pleurs, les crises, les difficultés de communication, et tous les aspects les plus complexes qu’imposent ces besoins particuliers. D’une importance cruciale, leur rôle ressemble de plus en plus à un métier-parapluie qui renferme d’autres métiers en son sein. Comment laisser en catégorie C des agents qui travaillent pour deux ?
Encore une fois la réponse est évidente, on ne peut pas faire cela. La liste des missions non-officielles qui s’ajoutent au métier d’ATSEM s’allonge un peu plus à chaque rentrée, tout comme celles des troubles musculosquelettiques qui témoignent de leur fatigue grandissante : usure de la coiffe des rotateurs (épaule), syndrome du canal carpien (poignet), épicondylite (coude), hernie discale (dos), chondropathie patellaire (rotule), surdité, on pourrait presque se croire dans une encyclopédie médicale !
Mais malgré les difficultés, les ATSEM s’adaptent à toutes les situations inattendues et toutes les mutations qui se mettent sur leur passage. L’élément manquant ? La reconnaissance. Il est temps pour la fonction publique de prendre conscience de la valeur réelle du métier d’ATSEM. Il est temps d’abolir cette vision révolue selon laquelle elles ne seraient que les « petites mains de la maîtresse » ou les « dames pipi des écoles ». Les ATSEM sont des héroïnes du quotidien qui ne comptent pas leurs heures pour un seul objectif : le bien-être des enfants.

